Mars
Chancy, là où la Suisse s'arrête
Le bout du canton, le bout du pays, et le Rhône qui s'en va sans dire au revoir.
En mars, la bise a fini de tout nettoyer, les arbres n'ont pas encore sorti leurs feuilles et la lumière rase va jusqu'au Jura. C'est le moment d'aller voir le bout du monde, version genevoise : Chancy, la commune la plus à l'ouest de toute la Suisse, celle où le Rhône quitte le pays et où le canton descend à son point le plus bas, à 330 mètres au bord de l'eau. Ici, les Genevois disent « être à Chancy » pour dire être dans la lune. Vous allez comprendre pourquoi : à la borne n° 1, on est à cheval sur la frontière, le fleuve file vers Lyon, et plus personne ne pense à ses mails.
Durée2 h 30 à 3 h
Distance9 à 11 km
Dénivelé+ 300 m, en douceur
DifficultéFacile, mais boueux
Le départ
Le point de départ
- Le village de Chancy, devant le temple néoclassique (1840) et la mairie, qui occupe depuis 1905 la place de l'ancienne église Saint-Genis.
- En bus : ligne tpg 40 depuis Grand-Lancy, Stade de Genève, via Bernex et Avully, arrêt « Chancy, douane », environ 45 minutes. Ou le Léman Express jusqu'à La Plaine, puis le bus 78.
- La boucle de référence s'appelle « Far West du canton de Genève » (SuisseMobile, itinéraire local 102, étape 2). Comptez 11 km pour la totale, 9 km pour la version des bons marcheurs pressés.
Dans le sac
- De vraies chaussures : le bois des Bouchets est plat mais souvent boueux, et l'argile de la forêt de Fargout glisse par temps de pluie.
- Une pièce d'identité : on met vraiment un pied en France.
- Un pique-nique, ou de quoi tenir jusqu'au Café de la Place en rentrant.
L'itinéraire, pas à pas
- Le pont qui est la frontière. Du village, descendez vers le Rhône jusqu'au pont de Chancy, un pont métallique en arc de 124 mètres construit en 1905-1907. Il ne mène pas seulement à Pougny, en France : il est la frontière. Avant lui, un bac a fait la traversée pendant trois siècles. Juste en amont, la Laire se jette dans le fleuve, discrètement, comme une rivière qui ne veut pas déranger.
- Les Raclerets et le bois des Bouchets. Reprenez vers l'ouest par les Raclerets (c'est une zone de tir militaire : les jours de tir sont affichés sur le site de la commune, et les chemins concernés fermés), puis entrez dans le bois des Bouchets. Plat, sauvage, parfois spongieux. Vous suivez la frontière sans jamais la voir, elle est sous vos pieds.
- La passerelle des Trois Nants. Une passerelle en bois de 45 mètres, posée en 1994, enjambe le Longet, un ruisseau dont le vallon est réserve forestière depuis 1982. Arrêtez-vous au milieu, c'est le meilleur endroit pour écouter le silence.
- La forêt de Fargout et le sentier des Douaniers. Ça monte, ça descend, ça remonte : la forêt de Fargout se mérite, surtout si l'argile est humide. Les Romains y avaient une tuilerie. Puis le sentier des Douaniers vous fait dévaler les terrasses du Rhône par trois escaliers en bois.
- La borne n° 1. La voilà, à Vers-Vaux, posée en 1816 : la première des 445 bornes qui séparent Genève de la France. D'un côté l'aigle du royaume de Piémont-Sardaigne, de l'autre les armoiries de Genève. C'est ici, exactement, que la frontière quitte le Rhône et que la Suisse s'arrête. Photo obligatoire, un pied de chaque côté.
- Le retour par le fleuve. Remontez le Rhône par la rive gauche, des bancs attendent les contemplatifs. En face, le barrage de Chancy-Pougny, achevé en 1924, turbine tranquillement. Puis les champs de Champlong et du Champ du Sac vous ramènent au village. Version courte pour les familles : une boucle de 4 km le long du Rhône depuis le parking du club de canoë, 1 h 30 tout compris.
Les anecdotes
Chancy n'est pas une « commune réunie »
Contrairement à ses voisines Avusy, Laconnex ou Soral, arrivées avec le traité de Turin en 1816, Chancy est genevoise depuis le traité de Paris de 1749, en même temps qu'Avully. Les bornes datent de 1816, mais le village, lui, avait pris de l'avance.
Un barrage pour dix pour cent de Genève
Le barrage franco-suisse de Chancy-Pougny a fêté ses cent ans en 2024. Haut de 29 mètres, long de 115, il produit environ 250 gigawattheures par an, soit à peu près 9 % de la consommation électrique genevoise, et il a sa passe à poissons. Les Services industriels de Genève en détiennent 72 %.
Le tram qui allait à Chancy
De 1890 à 1938, un tram a relié Genève à Chancy. Il n'a jamais été rentable, mais il a fait de Chancy le bout de la ligne, et de l'expression « être à Chancy » un synonyme d'avoir la tête ailleurs. Jusqu'à l'arrivée des autoroutes, la douane de Chancy était aussi le poste principal sur l'axe Genève–Lyon.
La Laire, une rivière protégée
La Laire vient de Haute-Savoie, parcourt 14 kilomètres et finit dans le Rhône juste avant le pont. Son vallon côté suisse est un site Ramsar depuis 1990, et sa partie aval a été revitalisée en 2009. On y croise l'alyte accoucheur, un crapaud qui porte ses œufs sur le dos. Les chiens y restent en laisse toute l'année.
Bon à savoir
Avant de partir
Consultez les avis de tir des Raclerets sur chancy.ch. Après la pluie, prévoyez de la boue et de l'argile glissante dans la forêt de Fargout. Le sentier des Douaniers est ouvert toute l'année mais déconseillé par mauvais temps. Vues sur le Jura et le Vuache garanties quand les arbres sont nus, c'est tout l'intérêt de mars.
Pour le verre de l'arrivée
Le Café de la Place, route de Bellegarde 55, bistronomique avec des vins genevois, et Le P'tit Café, chemin de la Ruette 9. Horaires à vérifier avant de compter dessus.
