Deux fleuves, une pointe, zéro mélange !
Mai

La pointe de la Jonction par l'Arve

Là où l'Arve grise rencontre le Rhône vert, et où Genève vient tremper ses pieds.

Tout le monde a vu la photo. Peu de Genevois ont fait la balade. En mai, la neige fond sur le massif du Mont-Blanc, l'Arve descend grosse et grise, et sa rencontre avec le Rhône vert sorti du Léman est au sommet de son art : deux couleurs côte à côte, une ligne nette, zéro mélange. Entre le pont de Carouge et la pointe, c'est plat, c'est ombragé, c'est bordé de quais plantés depuis les années 1870, et ça se termine par une buvette avec des chaises longues. Une balade pour ceux qui croient avoir déjà tout vu de leur ville.

Durée1 h, sans se presser
Distance2,5 km, aller
DéniveléZéro, ou presque
DifficultéUn jeu d'enfant

Le départ

Le point de départ

Dans le sac

L'itinéraire, pas à pas

  1. Le quai rive droite. Du pont de Carouge, prenez la rive droite de l'Arve : quai Capo-d'Istria, puis quai Charles-Page, quai Ernest-Ansermet et quai des Arénières. Plus de deux kilomètres de promenade ombragée entre le pont de la Fontenette et le pont de Saint-Georges. En descendant, c'est le Jura qui vous fait face ; en remontant, le Salève.
  2. Sous le pont Hans-Wilsdorf. La patinoire et la piscine des Vernets sont en face, sur le quai des Vernets. Regardez l'eau : grise, opaque, pressée. L'Arve vient de 104 kilomètres plus haut, du col de Balme, et transporte chaque année environ un million de tonnes de matières en suspension. Elle est aussi froide : 12 degrés en plein été.
  3. Le viaduc de la Jonction. Le grand arc de béton construit entre 1941 et 1945, 218 mètres de long, porte aujourd'hui le Léman Express. Un chemin piéton le traverse, et c'est de là-haut que la rencontre des eaux est la plus spectaculaire. Faites le détour, puis redescendez.
  4. La pointe. Passez sous la passerelle du Bois-de-la-Bâtie, en fer, de 1873, et continuez jusqu'au bout du quai des Arénières. Vous y êtes : à droite le Rhône, vert et limpide parce que le Léman a décanté toutes les eaux alpines, à gauche l'Arve, grise et glacée. Une digue immergée empêche les alluvions de l'une de se déverser dans l'autre, et la ligne de séparation reste nette sur une belle distance.
  5. Le sentier des Saules. Faites le tour de la pointe par le sentier des Saules, côté Rhône. La buvette A la Pointe y est installée depuis 2010, gérée par une association, avec des chaises longues et, en saison, des sacs étanches qui servent de flotteurs aux nageurs. Derrière, l'ancien dépôt des trams et des bus, bâti en 1899-1900 et quitté par les tpg en 2020, abrite les Halles de la Jonction : chalets, pétanque, padel.
  6. La variante d'en haut. Pour voir la jonction depuis le ciel, reprenez la passerelle du Bois-de-la-Bâtie. Le bois, offert à la Ville par les frères Turrettini en 1869, cache un parc animalier gratuit depuis 1982, trois belvédères et la plus grande place de jeux de la Ville. Retour par le pont de Saint-Georges, 1882.

Les anecdotes

Le quartier qui s'est appelé la Jonquille La Jonction tient son nom de la confluence, et son surnom, la Jonquille, de la tendresse des habitants. L'usine à gaz s'y est installée en 1844 : Genève a été la première ville de Suisse romande éclairée au gaz. Elle a explosé le 23 août 1909, faisant treize morts, et fermé en 1915. Sur ses friches, Artamis a fait vibrer la ville de 1996 à 2008 avant de laisser place à un écoquartier.
Un locataire célèbre Lénine a logé rue des Plantaporrêts 5, à quelques pas de la pointe. On ne sait pas s'il venait regarder les eaux se rencontrer, mais on aime l'imaginer.
Le sentier des Saules, une victoire d'habitants Le sentier est né d'une mobilisation des riverains pour sauver une bande de terre de l'industrialisation naissante. La digue date de 1818, refaite en 1890. Depuis 2011, les rives sont aménagées pour la baignade. Et depuis 1935, le Canoë Club de Genève a ses quartiers à la confluence.
L'usine Kugler La robinetterie Kugler s'est installée à la Jonction en 1930. Rachetée par l'État en 1996, elle abrite aujourd'hui une fédération d'artistes, plus de cent ateliers et une cheminée de 35 mètres qui sert de repère à tout le quartier. La Ville prépare un grand parc sur la pointe, avec un deck de baignade et une base nautique : le concours a été jugé en 2024.

Bon à savoir

Le Rhône n'est pas une piscine Le fleuve fait régulièrement des victimes et la baignade y est déconseillée selon les périodes, voire interdite : regardez la signalisation sur place. Les plongeons depuis le pont de Sous-Terre sont le sport le plus bête de Genève. En cas de pépin, 117, 118 ou 144.
Pourquoi mai L'Arve a un régime nival : son débit grimpe avec la fonte des neiges et culmine en juin. En mai, elle arrive chargée et grise, le contraste avec le Rhône est à son maximum, la buvette rouvre et le bois de la Bâtie est en fleurs.