Ça grimpe, mais là-haut c'est bonnard !
Juin

Le Salève par la grotte d'Orjobet

Le balcon de Genève se mérite : 640 mètres de montée, une grotte, et un drapeau qui nous nargue.

Le Salève est en France, tout le monde le sait, et pourtant aucun Genevois ne l'a jamais accepté. On l'appelle le balcon de Genève, on y a inventé la varappe, on y a construit le premier train à crémaillère électrique du monde, et on y monte depuis deux siècles pour regarder sa ville de haut. En juin, les jours sont longs et le sol est sec : c'est le moment de prendre le sentier d'Orjobet, le plus beau et le plus sportif des chemins qui grimpent depuis Collonges, celui qui passe par une grotte aménagée en 1905 et débouche sur la grande vue. En chemin, on lève les yeux vers la falaise de la Corraterie : une croix de Savoie de 49 mètres carrés y est peinte, face à Genève. Elle a une histoire, et elle vaut le détour.

Durée4 h en boucle
Distance7,5 km
Dénivelé+ 640 m
DifficultéCostaud, mains courantes

Le départ

Le point de départ

Dans le sac

L'itinéraire, pas à pas

  1. La forêt d'abord. Traversez la route, prenez le chemin d'Orjobet et suivez le balisage jaune. La montée commence franchement, à l'ombre des hêtres. Prenez votre rythme : le dénivelé total équivaut à 200 étages.
  2. Les marches, puis la grotte. Des marches taillées annoncent la grotte d'Orjobet, vers 1 200 mètres. Ce n'est pas un trou noir mais une large cheminée de plusieurs dizaines de mètres de haut, éclairée par des ouvertures naturelles. La section genevoise du Club alpin suisse l'a aménagée en 1905 avec des marches, des câbles et des rampes, rénovés en 1947. Pas besoin de lampe, mais tenez bien la main courante : le passage est aérien.
  3. Le balcon. Au-dessus de la grotte, le sentier rejoint le GR Balcon du Léman. Près d'un pylône, les parapentistes décollent. La table d'orientation vous donne le Mont-Blanc, les Bauges, la Chartreuse, le Jura et tout le bassin genevois : votre immeuble est là, quelque part.
  4. Le col de la Croisette. À 1 175 mètres, le col de la Croisette est votre sommet du jour. Le restaurant Les Marches de la Croisette y sert une cuisine traditionnelle avec une terrasse face au Mont-Blanc (fermé lundi et mardi). Pour les collectionneurs, le point culminant du Salève, le Grand Piton, est à 1 379 mètres, un peu plus loin sur la crête.
  5. Le drapeau qui nous nargue. En redescendant, cherchez la plaque blanche de la Corraterie, la falaise au-dessus de Collonges. C'est là qu'est peinte la croix de Savoie, bien en face de Genève. Elle est régulièrement rafraîchie à la bombe par des jeunes du coin, en rappel. Lisez son histoire plus bas, elle vaut une pause.
  6. La descente. Le plus simple est de redescendre par le même sentier d'Orjobet, en douceur. Les plus solides bouclent par la Corraterie et la Grande Gorge : 12,5 km, 800 mètres de dénivelé, près de six heures, des passages aériens et une descente raide et glissante après la pluie. Autre option pour les jambes fatiguées : rejoindre le téléphérique à la gare haute (1 100 mètres) et redescendre jusqu'au Pas-de-l'Échelle, où le bus 8 attend à Veyrier, douane.

Les anecdotes

Le drapeau savoyard, une guerre de peinture En mai 1967, trois jeunes alpinistes américains, persuadés que le Salève était suisse, ont peint une croix suisse sur la falaise de la Corraterie. Ils se sont dénoncés eux-mêmes. Des militants savoyards ont effacé la croix helvétique au burin et peint à la place la croix de Savoie, blanche sur fond rouge. En mars 2020, des étudiants grimpeurs l'ont rafraîchie avec 21 bombes de peinture. Dans la nuit du 13 au 14 mai 2023, des inconnus l'ont retransformée en croix suisse signée « Genève CH » : le dimanche même, quatre jeunes de Collonges la restauraient en rappel. Elle nous nargue, mais on l'adore.
La varappe est née ici Le mot « varappe » est attesté dès 1875 et vient de deux couloirs rocheux du Salève, la Grande et la Petite Varappe, au-dessus de Collonges, où s'entraînaient les grimpeurs genevois. Il est entré dans le Larousse en 1920. Horace-Bénédict de Saussure, qui a découvert la grotte en 1779 avec le paysan François Orjobet, a fait ici ses premières armes avant de promettre une prime pour la première ascension du Mont-Blanc, réussie en 1786. Et les Genevois de l'expédition suisse à l'Everest, en 1952, s'étaient entraînés sur ces mêmes rochers.
Le premier train électrique à crémaillère En décembre 1892, le chemin de fer du Salève reliait Étrembières aux Treize-Arbres : le premier chemin de fer de montagne électrique entièrement à crémaillère au monde, avec des rampes à 25 %. Une branche partait de Veyrier dès 1894. Le téléphérique, dix fois plus rapide, l'a tué en 1932, et la ligne a fermé en 1935.
Le téléphérique de Braillard Mis en service en août 1932, le téléphérique du Salève grimpe du Pas-de-l'Échelle à 1 097 mètres. Sa gare haute est signée Maurice Braillard, le grand architecte genevois. Reconstruit en 1983, fermé deux ans, il a rouvert le 12 septembre 2023 avec son restaurant panoramique. Aller-retour adulte en 2026 : 18 euros. Le Tour de France, lui, est passé trois fois par le col de la Grande Gorge, en 1973, 1974 et 1981.

Bon à savoir

Sécurité Le sentier géologique d'Orjobet est classé parmi les plus difficiles du Salève par sa durée, son dénivelé et ses passages aériens. À éviter par temps de pluie et de gel ; en hiver, le sol est souvent couvert de glace. Chiens en laisse, il y a des troupeaux. Les enfants à l'aise sur les échelles de la place de jeux passeront la grotte sans souci, les autres se feront porter.
Pourquoi juin Les jours sont les plus longs de l'année, le sol a séché, les grosses chaleurs ne sont pas encore là et la terrasse de la Croisette est ouverte. Partez le matin, l'ombre de la forêt fait le reste.